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 Le casino de Shanghai

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帖子主题: Le casino de Shanghai   Le casino de Shanghai Icon_minitime周六 八月 04, 2007 7:27 pm

Le casino de Shanghaï
FRANÇOIS HAUTER. Publié le 04 août 2007
Actualisé le 04 août 2007 : 21h38

Douzième étape. À Shanghaï, les sentiments montent et descendent au rythme des cours de la Bourse. Un véritable casino baptisé "le bocal aux poissons d'or", que des milliers de petits épargnants chinois font "bouillir" à l'encontre du bon sens économique.

J'ai épluché les comptes de Cécile. Cécile Cheng est charmante. Elle est secrétaire bilingue à Shanghaï. À 28 ans, elle conduit énergiquement sa vie. À la mode des Chinoises, elle s'est choisi un bon mari, un type calme et ordinaire, en s'enroulant autour de son coeur. Elle le domine comme un gratte-ciel surplombe un cabanon. Elle m'a montré son bulletin de salaire (800 euros par mois), son appartement de cent quarante mètres carrés, celui qu'elle a offert à ses parents, sa voiture, son livret d'épargne, elle m'a parlé de son goût pour la Bourse. Elle le partage avec cent millions d'autres Chinois qui ont ouvert un compte pour spéculer. « Comment pourrait-on changer son destin, sinon par le jeu ? », dit-elle.

Un destin de femme chinoise. De son mariage, elle dit : « Je n'ai pas épousé un garçon pauvre. Certes, j'aurais pu en aimer un. Mais l'amour passe. Lorsque l'homme est riche, il reste au moins l'argent. Épouser un pauvre, ç'aurait été faire perdre la face à mes parents, et la perdre vis-à-vis de mes amies ; mon beau-père avait économisé afin d'offrir à son fils l'appartement grâce auquel nous avons pu nous marier. » Cécile évoque sa meilleure amie, celle qui a convolé avec un garçon sans appartement : « Sa mère dit d'elle : c'est une fleur posée sur un tas de fumier. » Cécile ajoute : « Beaucoup de mes amies ne se marient pas. Elles ne trouvent pas de types brillants. »

Brillants comme l'or. Les sentiments à Shanghaï montent et descendent au rythme des cours de la Bourse. Ils ont grimpé de 130 % l'an dernier. Du coup, devant les vitrines des avenues de la ville, les femmes enceintes se bousculent. Car 2007 est l'année du « cochon d'or ». Pas question de rater cette chance de donner naissance à « un petit cochon d'or », un enfant qui apportera la fortune. Plus de fortune. Toujours plus d'argent. Je m'étonne que Cécile manque cette occasion. « J'ai déjà une fille, dit-elle, mais c'est vrai, je pourrais encore être enceinte, car mon mari et moi-même sommes des enfants uniques et nous avons donc droit à un second petit. Mais personne ne s'y risque. C'est trop cher ! Seuls les grands patrons et les stars le font, pour étaler leurs richesses ! »

Je vous explique cela parce que l'on ne comprend rien à la Bourse de Shanghaï si l'on n'a pas cette photographie d'une famille de la classe moyenne chinoise sous les yeux. Lorsque les cours ont brusquement chuté à Shanghaï le 27 février dernier, c'était après les vacances du Nouvel An : il fallait subitement en payer la facture. Les cent millions de détenteurs d'actions en Chine ont donc tous vendu - en même temps ! - une partie de leurs portefeuilles. Lorsque la Bourse grimpe follement quinze jours avant le Nouvel An, c'est que cent millions de boursicoteurs y placent - le même jour ! - leurs primes de fin d'année.

À Shanghaï, les gens utilisent le mot « wan » (jouer) pour les placements en Bourse. Cette Bourse, ils l'ont baptisée « le bocal aux poissons d'or ». En mai, la police à Shenzhen a arrêté des conducteurs qui transportaient des cartons dans leurs coffres. Il y avait là 20 millions de renminbis (2 millions d'euros) en petites coupures. Que voulaient-ils faire de cet argent ? « Faire bouillir le bocal aux poissons d'or », fut la réponse. La Bourse en Chine est un casino colossal.

Un casino de fous. « C'est le seul pays au monde où les gens achètent quand ça monte et vendent quand les cours descendent, explique Xavier Ling, juriste chez un courtier européen. Ils disent :»Quand ça monte, ça va monter ! Et quand ça baisse, ça va baisser ! * Heureusement, une partie seulement du capital des sociétés est cotée, le gouvernement contrôle le reste.»

Contrôler les 2 260 milliards de dollars d'épargne des particuliers qui rapportent 2,75 % par an lorsqu'ils sont placés dans les banques (un peu moins que le taux de l'inflation) est un exercice de haute voltige. Totalement irrationnel, parce que « quand ça monte, ça monte ! », et que tout le monde alors se précipite. Depuis avril, une moyenne de 250 000 comptes est ouverte chaque jour chez les courtiers. Sur quoi les Chinois se jettent-ils comme des fauves ? Sur les 1 400 sociétés cotées à Shanghaï, dont 200 à peine présentent quelques garanties de sérieux...

En avril, 21 milliards de dollars ont ainsi glissé des dépôts bancaires vers la Bourse. En mai, 37 milliards de dollars ! Parce que « quand ça monte, ça monte ! », et que les cours ont grimpé de 300 % en deux ans. Le 10 mai dernier, pour la première fois dans l'histoire, le volume des échanges boursiers de la journée à Shanghaï (36 milliards d'euros) dépassait ceux combinés des Bourses d'Australie, de Hongkong, de Thaïlande, de Singapour, de Malaisie, de Corée, d'Inde, du Japon, d'Indonésie, de Nouvelle-Zélande et du Vietnam ! Il y a six mois, Shanghaï brassait 10 % seulement de cette somme. Elle est devenue la seconde place financière pour le chiffre d'affaires, même si, en termes de capitalisation (1), elle représente moins de la moitié que Tokyo.

Ces chiffres tellement faramineux peuvent sembler abstraits, mais ils nous concernent directement. Les comportements grégaires des Chinois n'ont rien de rassurant. Car la bonne croissance des économies mondiales - 5 % en moyenne (2) - repose sur l'hypothèse que les deux moteurs de la planète (les États-Unis et la Chine) vont continuer de ronronner sans surchauffe. Or aujourd'hui, si les Américains continuent d'acheter sagement, les Chinois ne dépensent pas. De la radinerie ?

De la défiance plutôt. Écoutez M. Xie, un cadre de 34 ans dans une société de négoce à Shanghaï : « Les coeurs sont affaiblis par la pression, l'impuissance. Dans la société impériale, les privilèges et les richesses extravagantes, c'était logique. Les Chinois d'aujourd'hui sont partis du principe d'égalité. La vérité n'est pas celle-là. » Multipliez ces angoisses par 1,3 milliard d'êtres humains : la Chine bat tous les records mondiaux d'épargne (3). Elle ne sait plus que faire de son argent.

Alors elle se précipite vers le casino de Shanghaï. Grand frisson garanti. Le gouvernement annonce-t-il d'excellents chiffres de la croissance ? C'est le plongeon, par crainte de mesures de refroidissement. L'irrationalité des comportements moutonniers est à la mesure de l'opacité des comptes des sociétés cotées. « La Chine est une blague en matière de transparence dans la gestion des affaires, explique Marc, un consultant européen. Comment voulez-vous faire comprendre à un vieux milliardaire self-made-man qu'il doit s'expliquer sur ses comptes ? La Bourse demande quelque chose d'impossible pour un Chinois : la transparence. Que le groupe opaque soit visible et imposant, ça oui ! Mais transparent, ça jamais ! »

Henri Michaux, il y a un demi-siècle, écrivait (3) : « Pour que le Chinois voit clair, il faut que ses affaires soient compliquées. Pour qu'il voit clair dans sa maison, il lui faut au moins dix enfants et une concubine. Pour qu'il voit clair dans les rues, il faut que ce soit des labyrinthes... »

Direction les labyrinthes, les rues de Shanghaï. Je trouve à deux pas du Bund une échoppe genre bar-PMU, en plus grand. Des centaines de gens y sont assis devant des panneaux électroniques géants et des terminaux. Il y a là un kaléidoscope de la société chinoise : des étudiants, des ménagères, des grands-mères qui tricotent, des retraités, des chômeurs en fin de droits. Ces derniers ont la quarantaine et ne retrouveront jamais de travail tant ils ont été mal formés. Tous boursicotent, cela leur évite de chercher un emploi. Je m'assois, nous parlons. Je retrouve cette franchise d'âme que j'aime tant chez les Chinois. Mme Zheng, M. Xing, le jeune Gao ouvrent grandes les portes de leurs coeurs, ils se livrent avec une candeur sensible, intime, une liberté sans équivoque. Ne pas se mentir est leur seule liberté.

La Bourse a pour eux remplacé le jardin public, en plus amusant : l'on y joue son avenir, sur des rumeurs, des tuyaux garantis, l'Internet à haut débit, les messages par ***S, les chats en ligne, en cachette jusqu'au bureau ou dans la cuisine du deux-pièces. À Nankin, une entreprise s'est soudain retrouvée paralysée : 90 % des employés boursicotaient au lieu de travailler. Une enquête récente indique que 70 % des cols blancs chinois ont pris l'habitude d'aller pêcher dans « le bocal aux poissons d'or » pendant leurs heures de bureau. Le ministère de l'Éducation vient d'envoyer une circulaire aux universités pour que les 17 millions d'étudiants cessent de jouer en Bourse au lieu d'assister aux cours.

« Aujourd'hui, me glisse M. Long, financier pour une firme de placement néerlandaise, le gouvernement est très inquiet, mais il ne peut rien dire, ça s'effondrerait. » Certains dirigeants attisent la peur. Lorsqu'Alan Greenspan, l'ancien directeur de la Réserve fédérale américaine, a récemment prévenu que le prix des actions chinoises devenait ridiculement trop élevé et qu'une « correction dramatique » de ce marché n'allait pas tarder, Xiang Huaicheng, le patron du richissime fonds chinois de sécurité sociale, a stupidement réagi en déclarant : « Les bulles à la Bourse, ce n'est pas grand-chose ! Le marché des actions, c'est comme la bière. S'il n'y avait pas de mousse, ça ne ressemblerait pas à de la bière...» Jamais autant qu'à Shanghaï je n'avais ressenti si péniblement l'impétuosité des appétits débridés des hommes, et j'en avais largement mon compte. Je partais vers la foire de Canton. Je m'y étais inscrit comme « acheteur », car, avant d'aller parcourir le reste du monde, je voulais comprendre comment ce pays vendait son bric-à-brac à la planète entière. J'ignorais encore que j'allais y être confronté au problème capital de la Chine. Celui dont dépendrait sa place dans le monde.

(1) Selon le FMI, entre 2004 et 2006, et vraisemblablement 2007. (2) du PIB, 20 % du PNB pour la simple épargne des ménages. Les entreprises ont encore davantage d'épargne en dépôts. (3) La capitalisation boursière à Shanghaï est de 2 200 milliards de dollars, celle de Londres de 4 000 milliards de dollars, celle de Tokyo de 4 700 milliards de dollars, et celle de New York de 16 500 milliards de dollars.
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